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LES ÎLES INTERDITES
DE BIRMANIE

Notes de la productrice Frédérique Lengaigne

Quand nous avons découvert notre bateau à quai dans le port de Kaw Thaung, au sud de la Birmanie, nous n’en avons pas cru nos yeux. Nous ne pouvions pas imaginer un seul instant que cette épave flottante pourrait nous faire traverser les mers et les passes dangereuses de l’Archipel de Mergui. Le bateau que les birmans avaient déniché pour nous, le Htaik Wai Lin, était un vieux cargo de bois dont la couche de peinture grise devait dater de plusieurs décades.

Nous avons finalement quitté le port le 11 décembre 2001, avec onze personnes à bord et l’espoir de trouver les dernières flotilles de Moken.

Au cours des deux premiers mois, les Moken nous échappaient systématiquement. Nous les découvrions au loin, ancrés le long de la côte. Le temps de nous approcher, ils levaient l’ancre et s’évanouissaient derrière un escarpement ou un récif. Les birmans avaient oublié de nous dire que le Htaik Wai Lin était un ancien bateau militaire ; sa simple apparition à l’horizon faisait fuir immédiatement les Moken.
De retour à Kaw Thaung, nous avons fait faire au marché un grand drapeau dans une étoffe bigarrée. Les Moken ont pu ainsi reconnaître notre pavillon de loin, et petit à petit ils nous ont laissé approcher.

Au beau milieu d’une nuit de décembre, nous avons tous été réveillés par les cris du capitaine. Le bateau se couchait lentement sur le flanc. Il s’échouait dans le sable avec la marée qui descendait doucement. L’aube nous a révélé la vision fantomatique de notre bateau émergeant du sable au milieu de la jolie baie de Kubo, asséchée.

Le Htaik Wai Lin et son équipage nous ont fait vivre des aventures comme celle-ci quotidiennement. Nous avons failli tout perdre, corps et biens à plusieurs reprises, surtout au moment de l’arrivée de la mousson, en mai. Ça a commencé comme une blague dans un dessin animé. Au moment de jeter l’ancre dans une baie pour se protéger de la tempête qui menaçait, un marin s’est pris le pied dans la corde de l’ancre. Un coup de machette précis a vite libéré sa cheville, mais aussitôt le bateau s’est mis à dériver dangereusement dans le courant. Klaus se préparait déjà à plonger quand, par un incroyable coup de chance, le capitaine soulagé a aperçu le bout de la corde de l’ancre flottant entre deux eaux et nous avons pu finalement la récupérer.

Malgré les fuites, les pannes de moteur et le craquement inquiétant des planches, le Htaik Wai Lin est devenu notre foyer. Abbey, de la flotille de Nyaung Wee, a fini par s’habituer à la présence du grand bateau gris ancré dans sa baie. Il nous disait qu’il dormait mieux les nuits où nous étions là, sachant que nous viendrions à leur secours en cas de problème, que personne n’oserait venir les attaquer tant que le Htaik Wai Lin serait au large, gardant un œil sur eux.

Le 22 Décembre 2002, le Htaik Wai Lin a quitté définitivement les rivages de l’île de Nyaung Wee. Sur le chemin du retour vers Kaw Thaung, un patrouilleur de l’armée birmane nous a arrêtés, se demandant quel genre de pavillon flottait en haut de notre mât.

Un drapeau Moken peut-être...

 

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